L'IFLA a été toujours très impliquée dans la préparation du Sommet mondial de la société de l'information dont la première phase s'est tenue à Genève en décembre 2003 et la seconde phase à Tunis du 16 au 18 novembre 2005.
L'IFLA en action au WSIS
Rapport
de
Tuula Haavisto
coordinateur WSIS de l'IFLA et
Peter J.
Lor
Secrétaire général de l'IFLA
La deuxième semaine de novembre, pas moins de cinq présidents de l'IFLA, passés, présents et futurs se sont rencontrés à la Bibliotheca Alexandria à Alexandrie, Egypte : Robert Wedgeworth, Christine Deschamps, Kay Raseroka, Alex Byrne and Claudia Lux. De plus, plus de 120 bibliothécaires et amis des bibliothèques s'y trouvaient. Pourquoi ? Il y avait deux évènements consécutifs organisés par l'IFLA en coopération avec la Biblioteca Alexandrina et d'autres organismes, permettant une contribution de haut niveau des bibliothécaires au Sommet mondial sur la société de l'information (WSIS). D'Alexandrie, beaucoup de collègues ont voyagé vers Tunis où ils rencontrèrent beaucoup d'autres collègues et professionnels de l'information rassemblés pour la deuxième phase du Sommet. (La première phase s'est tenue à Genève en 2003.)
Alexandrie 1: Colloque sur la maîtrise de l'information et l'apprentissage tout au long de la vie
Le premier évènement, du 6 au 9 novembre, fut le Colloque d'Alexandrie sur la maîtrise de l'information et l'apprentissage tout au long de la vie, organisé en collaboration avec l'UNESCO et le National Forum on Information Literacy (NFIL) (US). Pendant plusieurs jours d'intenses discussions, les délégués purent atteindre les objectifs qu'ils s'étaient fixés :
- Une déclaration, appelée la Proclamation d'Alexandrie sur la maîtrise de l'information et l'apprentissage tout au long de la vie : balises de la société de l'information, fut rédigée et adoptée. Elle doit être promulguée par l'UNESCO. Le texte se trouve en français à http://www.ifla.org/III/wsis/BeaconInfSoc-fr.html.
- Une contribution au Sommet mondial de la société de l'information, deuxième réunion de Tunis la semaine suivante
- Résultats du Colloque que les membres ont rapportés avec eux pour:
- en vérifier l'utilité et, si nécessaire, les adapter à leur pays et en faciliter la dissémination;
- permettre à des experts d'en vérifier l'utilité pour leur secteur et en faciliter la dissémination;
- former les membres sur la maîtrise de l'information et les préparer à la réunion plénière fin 2006; et
- identifier tous les manques dans la représentation devant être étudiés.
Pour plus d'information sur le colloque :
www.infolit.org/International_Colloquium/index.htm
and www.bibalex.org/infolit2005.
Alexandrie 2: Bibliothèques - la société de l'information en action
Le deuxième évènement, les 10 et 11 novembre, a été une conférence pré sommet "Bibliothèques - la société de l'information en action". Ce fut l'une des trois réunions de la seconde phase du Sommet mondial de la société de l'information, à Tunis du 16 au 18 novembre. Ce fut une réunion de haut niveau, bénéficiant d'un discours de Ms. Suzanne Mubarak, la première Dame d'Egypte. Ms. Mubarak est depuis longtemps une grande amie des bibliothèques et de la lecture, et cela s'est manifesté dans son discours. Il a été très gratifiant qu'elle parle clairement de la liberté d'expression et du libre accès à l'information.
Les objectifs de la déclaration de principe et du plan d'action de WSIS, publiés lors du premier sommet à Genève en 2003, tiennent compte de la place des bibliothèques dans la société d'aujourd'hui. Cependant, pour s'assurer que les actions décrites deviennent un réalité durable, elles doivent être plus connues pour que les organismes financiers de la société de l'information, qu'ils soient gouvernements ou entreprises privées, soient plus conscients de la réalité des bibliothèques et des services qu'ils fournissent en rendant le savoir et l'information accessibles, et, par conséquent, encouragés à financer de nouveaux services. L'idée de la conférence pré-sommet était de présenter le rôle concret que les bibliothèques jouent déjà dans la construction de la société de l'information. Elle montra les meilleurs exemples de bibliothèques du monde entier dans les domaines de la santé, de l'éducation et de la formation, de la maîtrise des média, de la préservation de l'héritage culturel et de la prévention des désastres.
Au pré-sommet, l'IFLA lança sa base de données des réussites, qui est accessible à
en ligne et sur CD-ROM. Cette base de données, facilement interrogeable, donne des exemples des apports que les bibliothèques offrent à la société dans les domaines suivants :
- Bibliothèques comme points d'accès
- Bibliothèques comme lieux d'apprentissage des technologies de l'information
- Bibliothèques pour la formation continue
- Bibliothèques pour des besoins particuliers
- Bibliothèques pour l'héritage culturel
Ces sujets ont été repris dans les communications faites au congrès de Tunis, visant à montrer que les bibliothèques et les services d'information offrent à la société des outils prêts pour développer la société de l'information et réaliser les objectifs du millénaire pour le développement des Nations Unies. Les documents du pré-sommet se trouvent à www.bibalex.org/wsisalex/agenda.htm. Dans le monde, les bibliothèques sont les organismes les plus répandus offrant à la population un accès gratuit ou peu onéreux aux médias traditionnels et aux ressources numériques en réseau. Un investissement plutôt modeste consacré à l'amélioration des bibliothèques ferait gravir aux pays un grand pas vers la société de l'information.
À la Conférence de l'IFLA à Alexandrie, fut lancé le Manifeste sur les bibliothèques et la société de l'information en action. On peut le trouver à http://www.ifla.org/III/wsis/AlexandriaManifesto-fr.html.
Tunis 2, 2005!
La seconde phase de la WSIS elle-même se tint à Tunis du 16 au 18 novembre. Participer à ce sommet fut une des plus importantes initiatives de l'IFLA l'année dernière. Dans cette phase de la WSIS, le premier objectif de l'IFLA était d'attirer l'attention sur le rôle des bibliothèques comme un élément existant de la société de l'information. Nous purent nous appuyer sur l'excellent travail fait par la communauté des bibliothèques pendant le premier sommet de Genève en 2003. Les bibliothécaires furent alors capables d'inclure l'accès à l'information et les bibliothèques dans le document politique et dans le plan d'action (www.ifla.org/III/wsis070604.html). Le document politique du sommet de Tunis mentionnent aussi les bibliothèques. (voir www.itu.int/wsis/docs2/tunis/off/6rev1.html,
l'article 90k, cité à la fin de ce rapport.)
Les trois grands thèmes du Sommet :
- Gouvernance d'Internet
- Financement d'Internet
- Suivi du Sommet
Les résultats des délibérations sur ces sujets peuvent être lus dans le document final WSIS mentionné ci-dessus. Durant la phase préparatoire, l'IFLA a présenté une déclaration sur la gouvernance d'Internet (www.ifla.org/III/wsis/InternetGovernance-fr.html, disponible en français, anglais, polonais et espagnol). Elle fut distribuée à la PrepCom3 et à Tunis. À Tunis, les négociations sur la gouvernance d'Internet se sont enlisées et les négociateurs officiels réussirent au dernier moment à produire un compromis sans saveur. Le résultat est que la situation actuelle reste inchangée mais qu'un Forum sur la gouvernance d'Internet (IGF) va se réunir l'année prochaine pour décider des politiques publiques d'Internet. Ce Forum sera composé des gouvernements, du privé et de la société civile, mais il n'aura pas le pouvoir d'organismes existants comme l'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers). Sur les autres questions, peu de solutions ont apparu, sinon le soulagement des gouvernements du fait que le Sommet n'ait pas abouti à une impasse. Pour la société civile, les résultats ont été décevants, mais quelque satisfaction (non partagée par tous) que la société civile ait été capable de maintenir une certaine présence et apporter une contribution vivante au Sommet. Un bon exemple d'un commentaire de la société civile se trouve dans EDRI-gram, la newsletter des Droits numériques européens à http://www.edri.org/edrigram/number3.23/.
Le quatrième sujet du Sommet, hors de l'agenda principal mais apparaissant dans plusieurs discours officiels, fut les droits de l'homme et la liberté d'expression dans le pays hôte la Tunisie. Même pendant la conférence, plusieurs attaques furent perpétrées contre des journalistes ou d'autres participants du WSIS (voir par exemple http://campaigns.ifex.org/tmg/index.html), sans mentionner les problèmes quotidiens des Tunisiens avec l'accès à l'information et la libre expression des opinions (voir par exemple www.ifla.org/faife/faife/tunis-report2005.htm).
Cette question fut plusieurs mentionnées dans les discours, à commencer par le discours inaugural de Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies. IFLA publia un communiqué de presse sur le sujet (www.ifla.org/V/press/Pr-18112005.htm), préparé par le FAIFE. Le FAIFE a été très actif dans le groupe de surveillance de Tunis (http://campaigns.ifex.org/tmg/index.html).
Actions de l'IFLA au sein du WSIS
Bien que le résultat du Sommet ait suscité des réponses mitigées, les bibliothèques y ont trouvé une bonne exposition. La participation de l'IFLA au Sommet depuis 2003 a conduit à des résultats en trois domaines :
- Assurer que le rôle des bibliothèques est formellement reconnu dans les documents politiques et de planification du WSIS
- Générer une plus grande attention des politiques et des décideurs (non-bibliothécaires) sur le rôle que jouent les bibliothèques dans la société de l'information
- Fournir aux bibliothécaires des documents et des outils pour plaider la cause des bibliothèques dans leur propre pays
Malgré la crainte que les bibliothèques soient perdues de vue dans les grands débats du WSIS, comme la gouvernance d'Internet, les résultats atteints dans la phase de Genève se sont retrouvés dans le document final. Dans l'agenda de Tunis sur la société de l'information, le document final du Sommet de Tunis, le rôle des bibliothèques dans la fourniture de l'accès à l'information et au savoir pour tous est repris. Le document en appelle aux gouvernements pour soutenir les bibliothèques en particulier "dans leur fonction publique d'apporter un accès libre et égal à l'information ainsi qu'une maîtrise des techniques de la communication et de l'information et l'interactivité, en particulier dans les communes mal desservies" (par. 90(k), cité en entier ci-dessous).
Ceci montre une reconnaissance des bibliothèques comme outil essentiel dans la construction d'une société de l'information démocratique et diversifiée. Il était intéressant d'entendre de nombreux non bibliothécaires partager cette opinion. Les bibliothèques et en particulier les activités de la Bibliotheca Alexandrina furent mentionnées plusieurs fois dans différents contextes. Dans un séminaire de haut niveau, organisé par l'UNESCO, trois des orateurs et plusieurs membres de l'auditoire, non bibliothécaires, mentionnèrent l'importance des bibliothèques -- sans être soufflés par des bibliothécaires. Ce fut gratifiant, car cela montre que le rude travail et les interventions des membres de l'IFLA durant le WSIS et ses pré-conférences depuis 2003 ont porté leurs fruits. Il y a aujourd'hui une bien meilleure attention aux bibliothèques qu'au début du processus.
Ce processus du WSIS a conduit aussi à certain nombre de documents et autres outils que les bibliothécaires peuvent utiliser pour plaider leur cause. Pendant le sommet, l'IFLA publia le Manifeste d'Alexandrie et la Déclaration d'Alexandrie, ainsi que la base de données des réussites mentionnée plus haut. Un document plus ancien, adopté par la Conférence des Directeurs de bibliothèques nationales (CDNL) à Oslo en août, est aussi relié au sommet : Maintenir notre mémoire numérique : une déclaration de soutien au Sommet mondial sur la société de l'information. Communiqué de la Conférence des Directeurs de bibliothèques nationales (CDNL) (http://www.ifla.org/III/wsis/declaration-CDNL2005.html ).
Les résultats du pré-sommet d'Alexandrie ont été présentés dans une réunion spéciale à Tunis. Ce fut l'une des réunions officielles parallèles qui proposa une discussion sur les résultats du pré-sommet. Elle attira une audience d'environ 35 personnes, non-bibliothécaires et bibliothécaires. La discussion entre les orateurs et les participants fut très vivante et indiqua que plusieurs soucis étaient partagés par les bibliothécaires et leurs usagers. Perdus dans l'organisation gigantesque du WSIS, seize bibliothécaires aboutirent dans la mauvaise salle pour cette session. Au lieu d'abandonner, ils tinrent avec succès leur propre réunion sur le sujet dans une autre salle ayant un nom semblable !
Le président de l'IFLA Alex Byrne pris part au panel de discussion sur "Le rôle de l'OMPI et des ONG dans l'organisation des droits de propriété intellectuelle." Son discours bien informé et équilibré fut parmi les conférences les plus émotionnelles. Pour l'IFLA et les bibliothèques en général, le Sommet finit à un haut niveau lorsqu'Alex présenta à la réunion plénière le rapport du pré-sommet : les bibliothèques - la société de l'information en action' (www.ifla.org/III/wsis/Byrne-Plenary-Address-fr.html). Ce fut présenté dans un des rares créneaux horaires disponibles pour les orateurs de la société civile et fur très bien accueilli. Le discours fait partie maintenant des documents officiels du WSIS documentation, et peut être obtenu comme tel.
L'IFLA dans la région méditerranéenne
De plus, il est intéressant de mentionner que l'IFLA créa ou recréa des contacts avec ses membres dans la région méditerranéenne . Le pré-sommet à la Bibliotheca Alexandrina était la première réunion importante de l'IFLA dans le monde arabe. Un accord préliminaire a été signé avec la Fondation Euro-méditerranéenne Anna Lindh pour le dialogue entre cultures (www.euromedalex.org/) pour trouver des formes concrètes de coopération. La coopération existante avec la Bibliotheca Alexandrina continuera, et le contact avec l'AFLI (Fédération arabe pour les bibliothèques et l'information (www.afli.org/, en arabe) a été renouvelé. L'alliance malaysienne Global Knowledge Partnership (www.globalknowledge.org/) a offert une aide concrète en accordant un point de rencontre sur son stand pour les participants de l'IFLA au WSIS.
Après ?
La prochaine étape pour l'IFLA est de faire plus largement connaître les résultats des sommets, et d'encourager ses membres à les utiliser pour leur défense des bibliothèques au niveau régional et national. Plusieurs conférences de suivi ont été planifiées, par exemple par les collègues suisses et danois. Le sujet sera présenté dans plusieurs réunions régionales, comme le SCECSAL, Crimea2006, CONSAL et InfoVision 2006. Si possible, des représentants de l'IFLA viendront parler du WSIS dans les réunions nationales de bibliothécaires.
Des outils spéciaux seront offerts aux bibliothèques pour créer des documents destinés à faciliter leur promotion, mais ce n'est qu'un début. La base de données sur les réussites sera développée. Toute nouvelle contribution est la bienvenue : http://www.tribalpixel.ch/ifla/!
Le deuxième et dernier sommet a eu lieu, mais le processus n'est pas terminé et le travail pas fini. Pour les membres de l'IFLA et les bibliothécaires partout dans le monde, il y a maintenant à relever pour s'assurer que nous tirons profit de la reconnaissance formelle, de l'attention générale et l'expérience acquise dans la défense des bibliothèques.
Le texte du §90, sous paragraphe k du document Agenda de Tunis pour la société de l'information
WSIS-05/TUNIS/DOC/6 (rev. 1):
90. Nous réaffirmons notre engagement à fournir à tous un accès équitable à l'information et au savoir, en reconnaissant le rôle joué par les TIC dans la croissance économique et le développement. Nous sommes résolus à collaborer pour que soient atteintes, d'ici à 2015, les cibles indicatives énoncées dans le Plan d'action de Genève, qui servent de références globales pour améliorer la connectivité ainsi que l'accès universel, ubiquiste, équitable, non discriminatoire et abordable, à l'emploi des TIC, compte tenu des spécificités nationales et à utiliser les TIC comme outils pour atteindre les buts et objectifs de développement convenus au niveau international, y compris les Objectifs du Millénaire pour le développement, en :
k) appuyant les institutions à but éducatif, scientifique et culturel, notamment les bibliothèques, les archives et les musées, dans leur mission, qui consiste à élaborer et préserver des contenus variés et à offrir un accès équitable, ouvert et peu coûteux à ces contenus, y compris les contenus numériques, pour faciliter l'enseignement formel et informel, la recherche et l'innovation; en particulier, en aidant les bibliothèques à s'acquitter de leur mission de service public consistant à offrir un accès gratuit et équitable à l'information et à améliorer la connaissance des TIC et la connectivité au niveau communautaire, en particulier dans les communautés mal desservies;